L'acool et la drogue dans la littérature...

11 avril 2008

Pourquoi les écrivains des XIXe et XXe siècles ont-ils eu recours aux drogues et alcools ?

Pourquoi les écrivains des XIXe et XXe siècles ont-ils eu recours aux drogues et alcools ?

INTRODUCTION…

        Les drogues et alcools ont depuis toujours  été consommés par les hommes pour des raisons diverses et variées. Depuis la nuit des temps les hommes cultivent et consomment des substances qui troublent leur perception du monde. Ces substances aujourd’hui pour la plupart illicites ne l’ont pas toujours été et leur dangerosité n’a été que récemment abordée.

        Cependant, on peut dire que l’époque durant laquelle l’alcool a été le plus en phase avec la littérature a été la période du XIXe au XXe siècle. A cette époque, gens du peuple, scientifiques, hommes de lettres, artistes, riches ou pauvres étaient de grands consommateurs de drogues ou d’alcools plus ou moins forts ou exotiques et cela pour des raisons aussi diverses que variées. Que ce soit, pour oublier ou atténuer la misère coutumière à cette époque dans le cas des classes pauvres, pour des raisons récréatives ou artistiques, pour suivre un effet de mode grandissant, pour les classes riches ou encore pour des raisons scientifiques et expérimentales, l’homme du XIXe siècle a consommé souvent et en général à fortes doses.

        Mais les dangers de la consommation de ces produits n’ont pas changé entre cette époque et la nôtre et les risques étaient donc les mêmes au XIXe siècle qu’ils le sont aujourd’hui, à savoir les dangers de l’accoutumance, de la dépendance, et de la mort qu’ils peuvent entraîner. Ajoutons à cela le problème que les gens n’étaient pour la plupart, pas au fait de ces risques et que les méthodes de soin n’étaient pas aussi développées qu’elles le sont aujourd’hui et l’on peut comprendre les ravages qu’a occasionné la consommation de drogues et d’alcools dans les sociétés développées des XIXe et XXe siècles.

        Notre sujet portera sur les écrivains des XIXe et XXe siècles et leur consommation de drogues et d’alcools. Nous allons nous demander quelles sont les  raisons pour lesquelles ces écrivains ont eu recours aux drogues et alcools.

        Notre raisonnement se déroulera en trois parties, nous commencerons par étudier le mal être social de l’époque qui les a poussés à de telles pratiques, puis nous parleront de l’effet de mode ainsi que des expérimentation scientifiques et artistiques qui les ont menés à consommer et enfin des résultats de ces expériences qui ont poussé les écrivains à continuer pour des raisons artistiques et littéraires.

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1. Contexte historique et mouvements littéraires de la France du XIXe siècle

a) Contexte historique

        Après Révolution, pas moins de sept régimes politiques se succèdent au cours du XIX e siècle, jalonné par autant de guerres, de coups d'Etat et de crises.

        On peut citer le Consulat qui s'étend de 1799 à 1804, l'Empire napoléonien de 1804 à 1814, la Restauration (Louis XVIII et Charles X) de 1814 à 1830,  la Monarchie de Juillet avec Louis Philippe de 1830 à 1848. La Seconde République de 1848 à 1850, le Second empire avec Napoléon III de 1852 à 1870 et enfin la Troisième République secouée à la fin du siècle par des crises comme celles du coup d'État manqué du général Boulanger et de l'affaire Dreyfus entre 1896 et 1906.

        On constate par ailleurs un important développement économique et un important développement technique grâce aux sciences physiques et mécaniques.

        Parallèlement, le développement de l'industrie et du commerce installe une nouvelle distribution des richesses aux dépens du clergé et de l'aristocratie, et au profit principal de la bourgeoisie d'affaires.

        Ces transformations qui accompagnent le développement de l'instruction (création de lycées, scolarité obligatoire) et d'une presse moderne mieux diffusée profitent aux écrivains dont les droits sont désormais mieux reconnus.

        Des nombreux changements sociaux et politiques découle le "mal du siècle". Chateaubriand l'appelle "la maladie abominable" ou encore "le vague des passions", Balzac le traduit par l' "école du désenchantement", Baudelaire le voit comme une forme de spleen, et Flaubert comme une forme d'ennui.

        Le "mal du siècle" est un trouble existentiel qui ravagea toute une jeunesse désoeuvrée, avide d'exprimer l'énergie de ses passions et de ses rêves et consternée de ne trouver dans la société de la Restauration que de maigres intermédiaires. En effet, le XIX e siècle dénote un sentiment de nostalgie, l'idée que c'était mieux avant, sous le temps de l'empereur, une sorte de mélancolie généralisée. L'impossibilité de s'extérioriser conduit la plupart du temps les écrivains à la folie et au spleen.

       Les hommes de Lettre sont une situation ambiguë au XIXe siècle. Le mécénat n'existe plus. Les écrivains vivent de leur plume et sont souvent forcés de vendre leur liberté littéraire, comme Gautier et Gérard de Nerval qui se sont fait journalistes.

        Le poète du XIXe siècle relaye la religion en incarnant une nouvelle instance sacrée. L'écrivain est à la fois maudit et sacralisé.

b) Mouvements littéraires du XIXe siècle

        Le XIXe siècle, c'est aussi la naissance de quatre grands mouvements: le romantisme, le réalisme, le naturalisme et le symbolisme.

        Le romantisme domine surtout dans la première moitié du siècle, il est identifié au "mal du siècle". Goethe dit: "le classicisme c'est la santé, le romantisme c'est la maladie".

        Ce vaste courant va engendrer un renouvellement des grands genres.

        D'abord enraciné dans les écrits autobiographiques, le roman personnel et le théâtre du drame, il trouve rapidement dans le poème lyrique et élégiaque la forme par excellence d'expression des thèmes réactualisés: la fuite du temps, l' amour de la nature, l' inquiétude passionnelle ou religieuse.

        Toutefois, dés les années 1830, sous le Second Empire, en réaction contre les excès du lyrisme ou du "culte du moi", le romantisme cède la place au réalisme.

        Encouragés et parfois fascinés par de grandes théories comme celle du positivisme, l'art en général et la littérature en particulier entrent dans l'âge de la représentation réaliste. Si le réalisme n'est pas sans conséquence sur la poésie (mouvement parnassien) et le théâtre (comédie de moeurs), c'est dans le roman qu'elle donne la pleine mesure de ses effets. De génération en génération, le réalisme évolue: le réalisme d'observation psychologique et social chez Stendhal et Balzac, le réalisme documentaire chez Flaubert et le réalisme expérimental de Zola et des naturalistes, fécondé par les grands mythes, comme ceux de l'argent ou de la machine dont est porteuse la modernité du XIX e siècle. 

        C'est d'ailleurs en considération de cette modernité décrite comme une chance et une fatalité par les écrivains Baudelaire et Rimbaud, que  dans le dernier tiers du siècle apparaît une autre réaction contre les risques que font courir les puissances scientifiques et technologiques. Une réaction principalement présente dans les oeuvres des poètes dits symbolistes dont Verlaine et Mallarmé. Cette réaction témoigne de la nécessité de remettre en cause le réel autant que de se laisser fasciner par lui. Elle exige de se laisser glisser dans ses failles à la découverte d'un ailleurs imaginaire ou idéal. A partir de 1880 le mot de décadence, désigne le mouvement d'exaspération d'un certain nombre d'angoisses individuelles et collectives que les dernières créations théâtrales du siècle vont léguer en héritage au 20e siècle. 

        Le XIXe siècle est le siècle où les savants, les artistes et les intellectuels vont porter la recherche technologique, la recherche scientifique, la recherche artistique, la recherche des idées à un niveau jamais atteint auparavant.

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2. État d’esprit de la population

a) Le peuple

       La population pauvre connaît des problèmes. Condition ouvrière, pauvreté, ivresse et dégénérescence sont associées dans la description de l’alcoolique. A cette époque, comme l’écrit Zola dans son roman L’Assommoir, qui décrit la déchéance de l’ouvrier confronté aux ravages de l’alcool, « le vin nourrit l’ouvrier ». On se noie dans l’alcool pour oublier ses problèmes et la misère quotidienne, pour s’inventer une nouvelle vie et pour se réchauffer le cœur dans une taverne avec des amis et partager de bons moments qui font oublier la dureté de ce monde.

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C’est ce que d’écrit St Exupéry dans Le Petit Prince…

« La planète suivante était habitée par un buveur. Cette visite fut très courte, mais elle plongea le petit prince dans une grande mélancolie:

- Que fais-tu là? Dit-il au buveur, qu’il trouva installé en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines.

- Je bois, répondit le buveur d’un air lugubre.

- Pourquoi bois-tu, lui demanda le petit prince.

- pour oublier, répondit le buveur.

- Pour oublier quoi ? S’enquit le petit prince qui déjà le plaignait.

- Pour oublier que j’ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.

- Honte de quoi ? S’informa le petit prince qui désirait le secourir.

- Honte de boire !acheva le buveur qui s’enferma définitivement dans le silence.

Et le petit prince s’en fut, perplexe.

Les grandes personnes sont décidément très, très bizarres, se disait il en lui-même durant le voyage.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».

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        La partie aisée de la population connaît également l’alcool et les drogues. Les intellectuels n’étaient pas les seuls à en consommer. En effet au XIXe siècle se droguer était une marque de sophistication, tout comme boire (des alcools chers et chics) car cela montrait que l‘on avait de l‘argent et que l’on savait s‘amuser comme des personnes cultivées. Le XIXe siècle est l’époque de la « Fée Verte », l’absinthe dénommée « boisson nationale » en 1880 !

Quelques citations bien alcoolisées qui démontrent le besoin de boire pour être « civilisé » :

« On boit ensemble mais on se saoule tout seul »

A. Blondin

« Le vin est un lubrifiant social »

J. Clavel

« Le vin est certainement ce qu’il y a de plus civilisé au monde »

E. Hemingway

« Un alcoolique c’est quelque un que vous n’aimez pas et qui boit autant que vous »

Coluche

 

        Fumer le haschich comme un philosophe ou un écrivain célèbre est très à la mode et l’on retrouve ces pratiques dans les salons des familles riches car cela se fait en qu’en plus c’est très chic de le faire !

        On peut le voir sur cette gravure de Ch. Vernier représentant une soirée parisienne au quartier latin où les personnes boivent et fument.

soir_es_parisiennes_au_quartier_latin_par_Ch_Vernier


b) Les Poètes Maudits

Les plus célèbres des poètes Maudits :

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Charles Baudelaire et Paul Verlaine

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Nerval

Arthur Rimbaud et Gérard de Nerval

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        L’écrivain du XIXe siècle se rapproche de la rue, des campagnes, souvent il partage la même « piquette », dans les mêmes tavernes que le peuple, il partage donc sa vie quotidienne et son malaise. Mais les écrivains connaissent aussi ce mal-être caractéristique de l’époque.

        L’exemple le plus flagrant du mal être des écrivains est certainement le cas des Poètes Maudits.

       «L’expression « poète maudit » ayant fait florès, elle peut aujourd’hui qualifier d’autres auteurs que les amis de Verlaine. Elle désigne en général un poète talentueux qui, incompris dès sa jeunesse, rejette les valeurs de la société, se conduit de manière provocante, dangereuse, asociale ou autodestructrice (en particulier avec la consommation d’alcool et de drogue), rédige des textes d’une lecture difficile et, en général, meurt avant que son génie ne soit reconnu à sa juste valeur. Ont ainsi pu recevoir ce qualificatif Verlaine lui-même, mais aussi des auteurs comme Charles Baudelaire, Lautréamont, Nerval, Rimbaud, de Musset, Gauthier, Desnos » (source Wikipédia) mais la liste peut être encore longue, tout dépend des points de vue, par exemple, le poète symboliste Mallarmé est dit Poète Maudit dans beaucoup de cas, seulement, apparemment, il ne correspondrait pas à la description du Poète Maudit de Verlaine qui est le premier à avoir utilisé ce terme pour désigner Rimbaud.

        Si tous les critiques s’accordent à croire à l’existence d’un « mythe du poète maudit », aucun ne semble avoir défini cette même notion. Tout au plus peut-on en citer les actes fondateurs: l’article de Baudelaire sur Edgar A. Poe et le célèbre ouvrage de Verlaine, Les Poètes maudits. Que dire alors d’un mythe de l’écrivain maudit ou malheureux? Ce mythe se caractérise par son historicité et par son caractère assimilateur: il évolue, s’adapte, varie notablement d’une époque à une autre, d’un type d’écrivain à un autre.

        Baudelaire décrit le vin comme étant la seule possibilité de vivre pleinement et d’échapper un temps à la misère de ce bas monde que l’on soit honnête ou assassin (!).

       La drogue leur servait de masque, de refuge, à oublier leurs malheurs mais les inconvénients de consommer ce genre de produit qu’il entraîne dépendance, intoxication, parfois même la mort, mais plus simplement le manque ou l’effet opposé à celui espéré et c’est là qu’au lieu de se sentir soulagé, l’écrivain se sent encore plus mal qu’avant. Si l’on ajoute à cela le fait que tous ces poètes maudits étaient également «maudits de la vie» (dépressifs, tourmentés, attaqués par des maladies, amours interdits, violences, douleurs, morts précoces) on comprend qu’ils aient pu être attirés par des facilités comme les drogues et l’alcool.

« Le Malheur fait le poète » dit Balzac

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1. Le Club des Haschichins

a) De quoi s'agit-il?

    « Le Club des Haschichins est un groupe voué particulièrement à l’étude et à l’expérience de drogues (principalement le haschich) fondé par le docteur Jacques Joseph Moreau en 1844 et actif jusqu’en 1849. Les séances mensuelles ont lieu chez le peintre Fernand Boissard à l’Hôtel de Lauzun (appelé aussi Hôtel de Pimodan) sur l’île Saint Louis, à Paris. De nombreux scientifiques, hommes de lettres et artistes français de cette époque ont fait des passages dans le Club des haschichins lors de ses séances. » Source Wikipédia.

Photographie de l'hôtel Pimodan:

L_h_tel_Pimodan


 










17 quai d'Anjou (c'est dans ce lieu que se réunit "le Club des haschischins"):

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    Parmi les membres célèbres on retrouve des peintres comme Eugène Delacroix ou M. Daumier, des poètes comme Théophile Gautier, Charles Baudelaire ou Gérard de Nerval, des écrivains comme Alexandre Dumas et Benoît Levingston.

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b) Contexte de création du Club de Haschichins

    En effet, en ce début de XIXe siècle, l’importation de drogues en provenance d’Extrême Orient est de plus en plus importante et des drogues comme l’opium ou le haschich auparavant méconnu font leur apparition en France. À cette époque, la consommation de ces drogues devient particulièrement répandue dans les milieux scientifiques et littéraires à des fins scientifiques ou récréatives. À son apparition en Europe dans les années 1820, les scientifiques s’intéressent à ce nouveau produit qu’est l’opium.

    La morphine est isolée en 1817; en 1821,Thomas de Quincey écrit Les Confessions d’un mangeur d’opium anglais traduit en français par Alfred de Musset en 1828. Tandis que, dans la foulée, une thèse de médecine sur l’usage de l’opium porte en exergue la fameuse formule de Quincey : « Ô juste, subtil et puissant opium ».

    Le docteur Jacques Joseph Moreau, quant à lui, médecin spécialiste dans l’aliénation, commence à étudier les effets du haschich en en consommant régulièrement au cour de ses voyages notamment en Égypte,en Syrie et en Asie Mineure entre 1837 et 1840. De retour en France, il continue l’expérimentation sur lui-même et crée le Club de Haschichins avec le poète Théophile Gautier qu'il initie à la consommation du haschich. Gautier racontera d’ailleurs ses premières expériences dans un feuilleton, « Le Haschich » dans lequel il décrit des effets de cette drogue en trois phases : l’hyperesthésie des sensations, la dilatation du temps, et enfin l’apparition de figures grotesques. En 1845, Moreau publie Du haschich et de l’aliénation mentale, un ouvrage dans lequel il établit une équivalence entre rêves, délires et hallucinations haschichines, il s’agit du premier ouvrage scientifique au sujet des drogues et de leurs effets sur le corps humain.

L_ouvrage_du_docteur_moreau_publi__en_1845


    Durant ces séances du Club des Haschichins, les membres consommaient des drogues comme le haschich ou l’opium mais aussi du dawamesk, une sorte de pâte ou de confiture verdâtre faite à partir de résine de marijuana mélangée à des corps gras et assaisonnée de miel, de muscs, d’épices, de liqueur, de cannelle ou d’amande et absorbée sous la forme d’une « noix » d’une trentaine de grammes. Ces séances de consommation de dawamesk étaient appelées par les membres du club les  fantasias. Le docteur Moreau et les autres membres organisaient régulièrement de nouvelles expériences afin d’étudier les effets du haschich sur le corps et l’esprit.


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Théophile Gautier vu par H. Mailly

    Théophile Gautier invite à ces séances des amis et fait peu à peu étendre le cercle du Club des Haschichins. C’est notamment en ce lieu qu’il rencontre Charles Baudelaire, ce dernier étant venu un jour en simple spectateur. Débute alors une grande amitié entre les deux hommes. La préface du très célèbre recueil de poésies de Baudelaire, Les Fleurs du Mal sera d’ailleurs écrite par Gautier.

        La première partie des Paradis Artificiels parut le 30 septembre 1858 dans la Revue contemporaine, sous le titre De l’Idéal artificiel, le Haschisch. Puis paraîtra la seconde, les 15 et 30 janvier 1860 dans la même revue : Enchantements et tortures d’un mangeur d’opium, qui est en fait une adaptation des Confessions d’un Anglais mangeur d’opium de Thomas de Quincey. Les textes seront réunis sous le titre des Paradis Artificiels dans l’édition de Poulet-Malassis de 1860.
        Sur un style analytique, Baudelaire y décrit de façon clinique les effets des drogues. S'inspirant de son expérience, il y transcrit l'idée que la drogue permet aux hommes de se transcender pour rejoindre l'idéal auquel ils aspirent.
        Et pourtant Baudelaire n’était pas un grand consommateur de drogues. Il découvre le haschisch à l’hôtel Pimodan, s’abandonne quelques temps aux délices de « cette pommade verdâtre », mais n’en abuse pas. Gautier prétend même que le poète s’est surtout contenté d’observer lors de ces séances du Club des Haschischins . L’opium lui était plus familier, sous la forme du laudanum prescrit pour apaiser ses douleurs d’estomac.L’accoutumance l’avait amené à augmenter progressivement les doses, mais dans son cas on ne pouvait parler de réelle intoxication à la substance.

    Mais les deux hommes ne resteront pas longtemps membres du Club, en effet Baudelaire, ne se laissera pas convaincre et restera assez peu satisfait des effets du dawamesk. Il décrira d’ailleurs de manière particulièrement précise les mauvais effets de cette drogue dans Les Paradis Artificiels datant de 1860.Théophile Gautier quant à lui, ne participera pas souvent aux séances, il écrit dans sa préface que «  Après une dizaine d’expériences, nous renonçâmes pour toujours à cette drogue enivrante, non qu’elle nous eut fait mal physiquement, mais le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque. »

Le peintre Daumier était spécialisé dans la caricature. Ici il représente les membres du Club de Haschichins en train de fumer le haschich.

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2. Les Autres

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Caricature de M. Daumier, Les buveurs d’absinthe.

    Les pratiques expérimentales ont surtout concerné les drogues mais on connaît quelques écrivains ayant également testé les effets de l’alcool sur leur écriture et leur corps comme le petit génie de la littérature, Arthur Rimbaud qui comme beaucoup de ses contemporains a tenté des expériences sur lui-même et notamment l’écriture sous influence d’alcool.

michaux Dans un contexte plus récent, on peu également parler du poète Henri Michaux (1899-1984). Henri Michaux n'était ni alcoolique ni drogué. C'est à titre expérimental et sous contrôle médical qu'entre 1962 et 1973, il a pris à plusieurs reprises de la mescaline afin de savoir si cette substance hallucinogène pouvait avoir un effet quelconque sur sa manière d’écrire, de peindre et de dessiner.

 

    Il écrit Misérable Miracle (1956), L’Infini turbulent (1957), Connaissance par les gouffres(1961) et Les Grandes Épreuves de l’esprit (1966) qui sont des livres retraçant son parcours avec la mescaline et qui se veulent objectifs et nullement littéraires.


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Ces peintures ont été réalisées sous influence de mescaline.

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1. Des œuvres sur les effets de la drogue et de l’alcool

Jacques Joseph Moreau (1804-1884) est un psychiatre français. Suite à un voyage de plusieurs années (de 1836 à 1840) en Orient, il découvre les effets du chanvre indien (cannabis) et les étudie pour appuyer sa conception  de la folie qu’il avance comme un délire identique au rêve. Il est le premier médecin à avoir pratiqué un travail systématique  sur l’activité des drogues dans le système nerveux central et à avoir classé, analysé et enregistré ses observations. Il est le créateur du club des haschischins. Dans Du Haschisch et de l’aliénation mentale, il établit une équivalence entre rêve, délire et hallucinations haschischines. Cet ouvrage est le premier réalisé par un scientifique au sujet d’une drogue.


Avant lui, en 1843, Gautier, adepte du club des haschischins, décrit dans un feuilleton Le Haschich, les effets de cette drogue en trois phases : L’hyperesthésie des sensations, en particulier auditives, la dilatation du temps, et enfin l’apparition de figures grotesques. Trois  ans plus tard, dans Le Club des Haschischins, Gautier raconte ses premières expériences. Il est précédé de la publication d’un article sur ce sujet en février 1846 dans la Revue des deux mondes expliquant le contenu et le contexte des expériences menées au club des haschischins. L’introduction du livre décrit la première visite de Théophile Gautier au club :

 

« Un soir de décembre, obéissant à une convocation mystérieuse, rédigée en termes énigmatiques compris des affiliés, inintelligibles pour d'autres, j'arrivai dans un quartier lointain, espèce d'oasis de solitude au milieu de Paris, que le fleuve, en l'entourant de ses deux bras, semble défendre contre les empiétements de la civilisation, car c'était dans une vieille maison de L'îLe Sait-Louis, l'hôtel Pimodan, bâti par Lauzun, que le club bizarre dont je faisais partie depuis peu tenait ses séances mensuelles, où j'allais assister pour la première fois… »

En 1851, c’est au tour de Baudelaire, avec son œuvre, Du vin et du haschisch.
« Le goût frénétique de l’homme pour toutes les substances saines et dangereuses, qui exaltent sa personnalité, témoigne de sa grandeur. Il aspire toujours à réchauffer ses espérances et à s’élever vers l’infini. »

Selon Baudelaire, le vin est bon, puisqu’il rend l’homme vertueux :

 

« Il prête des serments, dicte des lois sublimes,

Terrasse les méchants, relève les victimes,

Et sous le firmament comme un dais suspendu

S’enivre des splendeurs de sa propre vertu. »

 

La sensation de fraîcheur est longuement décrite par Baudelaire dans Le poème du haschisch, publié en 1858, dans lequel, l’auteur chante les départs exaltants, les visions de lumières, or sang et pierreries que donnent le vin, le haschisch et l’opium. Baudelaire a voulu décrire, avec une précision admirable, les paysages multiples des paradis artificiels. En 1860, il publie Les Paradis artificiels. Il y fait une étude sur les effets du haschisch et de l’opium. Il s’attache davantage à décrire les comportements sociaux des consommateurs. Il y glorifie le vin, qui « rend bon et sociable ». Le haschisch est condamné parce qu’il est « antisocial », « il est fait pour les misérables oisifs ». Contrairement au vin, il n’incite pas à l’action et annihile toute volonté.

 

Au XXe siècle, dans les années 50, 60, Henri Michaux consacre la dernière partie de son œuvre à l’exploration de l’univers prodigieux que lui a révélé l’usage de drogues comme l’opium, le haschisch, le LSD, et surtout la mescaline.

 

Thomas de Quincey est un écrivain britannique né en 1785. Lorsqu’il découvre l’opium, il en fait un usage strictement thérapeutique, souffrant de douleurs à l’estomac. Entre 1812 et 1813, il consomme régulièrement de l’opium, mais il arrive encore à contrôler ses doses. Les Confessions d’un mangeur d’opium anglais, de Thomas de Quincey constituent un des premiers témoignages d’importance sur l’expérience de l’usage des drogues. Par la description de rêves et de cauchemars obtenus sous l’influence de l’opium, l’auteur a introduit un univers fantastique qui est devenu un modèle esthétique nouveau. L’œuvre a autant marqué l’imaginaire littéraire que le savoir médical.

 


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2. Des œuvres sous influence de drogues ou d’alcool

La drogue est un objet littéraire lorsque, passant par le corps, elle resurgit dans l’imaginaire pour se déposer dans l’écriture en pensées et en images. Les poètes ont commencé le plus souvent à prendre de la drogue de remède avant de passer à la drogue de plaisir. Le haschisch et l’opium étaient pour les poètes, un moyen d’échapper aux ennuis de la réalité et de rechercher une ardeur mystique qui apaisait leur esprit. Le haschisch et l’opium semblaient offrir aux artistes des expériences émotionnelles intenses que certains croyaient essentielles pour créer une œuvre d’art. Selon eux, les drogues permettaient la libération de tous les dons imaginatifs perdus dans l’esprit du poète et l’opportunité d’examiner sa propre âme à la recherche de quelque chose de nouveau.

En 1845, Edgar Poe écrit Le Corbeau sous influence de cocaïne et d’alcool. Il s’agit d’un poème qui lui apporta un renom national et qui fût traduit en français par Baudelaire. Voici un petit extrait :

« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais,

faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume

d'une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête,

presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de

quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma

chambre. «C'est quelque visiteur, - murmurai-je, - qui frappe

à la porte de ma chambre ; ce n'est que cela et rien de plus.

Ah! distinctement je me souviens que c'était dans le glacial

décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du

reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain

m'étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse,

ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et

rayonnante fille que les anges nomment Lénore, - et qu'ici on

ne nommera jamais plus. »

    William Burroughs, auteur de La Machine Molle, Nova Express, Naked Lunch, a écrit certains textes totalement sous influence du chanvre indien. Ce qui est étrange, c’est que selon des études, quand on les lit à jeun, il est impossible de les comprendre, mais qu’après avoir consommé du haschisch (ou mangé du dawamesk), tout devient limpide.


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3. Des œuvres sur la drogue ou l’alcool

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Baudelaire sous l'effet du haschisch, par lui-même (1844)

Dans son oeuvre Les Paradis artificiels, Charles Baudelaire narre ses expériences du haschisch et de l'opium. Dans les Fleurs du mal, cinq de ses poèmes ont pour thème le vin. 

 

Voici trois de ses poèmes :

Le Vin de l’assassin

Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl.
Lorsque je rentrais sans un sou,
Ses cris me déchiraient la fibre.

Autant qu'un roi je suis heureux ;
L'air est pur, le ciel admirable...
Nous avions un été semblable
Lorsque j'en devins amoureux !

L'horrible soif qui me déchire
Aurait besoin pour s'assouvir
D'autant de vin qu'en peut tenir
Son tombeau ; - ce n'est pas peu dire :

Je l'ai jetée au fond d'un puits,
Et j'ai même poussé sur elle
Tous les pavés de la margelle.
- Je l'oublierai si je le puis !

Au nom des serments de tendresse,
Dont rien ne peut nous délier,
Et pour nous réconcilier
Comme au beau temps de notre ivresse,

J'implorai d'elle un rendez-vous,
Le soir, sur une route obscure.
Elle y vint ! - folle créature !
Nous sommes tous plus ou moins fous !

Elle était encore jolie,
Quoique bien fatiguée ! et moi,
Je l'aimais trop ! voilà pourquoi
Je lui dis : Sors de cette vie !

Nul ne peut me comprendre. Un seul
Parmi ces ivrognes stupides
Songea-t-il dans ses nuits morbides
A faire du vin un linceul ?

Cette crapule invulnérable
Comme les machines de fer
Jamais, ni l'été ni l'hiver,
N'a connu l'amour véritable,

Avec ses noirs enchantements
Son cortège infernal d'alarmes,
Ses fioles de poison, ses larmes,
Ses bruits de chaîne et d'ossements !

- Me voilà libre et solitaire !
Je serai ce soir ivre mort ;
Alors, sans peur et sans remord,
Je me coucherai sur la terre,

Et je dormirai comme un chien !
Le chariot aux lourdes roues
Chargé de pierres et de boues,
Le wagon enragé peut bien

Ecraser ma tête coupable
Ou me couper par le milieu,
Je m'en moque comme de Dieu,
Du Diable ou de la Sainte Table !

L'Ame du vin

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
" Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! "

Le Vin des chiffonniers

Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère
Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux,
Où l'humanité grouille en ferments orageux,
   
   
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,
Buttant, et se cognant aux murs comme un poète,
Et, sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Epanche tout son cœur en glorieux projets.
   
   
   
Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
Terrasse les méchants, relève les victimes,
Et sous le firmament comme un dais suspendu
S'enivre des splendeurs de sa propre vertu.
   
   
Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage,
Moulus par le travail et tourmentés par l'âge,
Le dos martyrisé sous de hideux débris,
Trouble vomissement du fastueux Paris,
   
   
Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles,
Suivis de compagnons blanchis dans les batailles,
Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux ;
Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux
   
   
Se dressent devant eux, solennelle magie !
Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie
Des clairons, du soleil, des cris et du tambour,
Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour !
   
   
C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole
Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ;
Par le gosier de l'homme il chante ses exploits
Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois.
   
   
Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, saisi de remords, avait fait le sommeil ;
L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !
   

Calligramme d’un auteur inconnu : Mon beau parfum

Que mon

flacon

me semble bon

sans lui

l'ennui

me suit

Je sens

mes sens

mourants

Pesants

Quand je le tiens

Dieux! Que je suis bien!

Que son aspect est agréable!

Que je fais cas de ses divins présents!

C'est de son sein fécond, c'est de ses heureux flancs

Que coule ce nectar si doux, si délectable

Qui rend tous les esprits, tous les cœurs satisfaits.

Cher objet de mes vœux, tu fais toute ma gloire;

Tant que mon cœur vivra, de tes charmants bienfaits

Il saura conserver la fidèle mémoire.

Ma muse à te louer se consacre à jamais.

Tantôt dans un caveau, tantôt sous une treille,

Ma lyre, de ma voix accompagnant le son,

répètera cent fois cette émable chanson:

Règne sans fin ma charmante bouteille;

règne sans cesse, mon cher flacon

 

En 1933, Henri de Monfreid (aventurier et écrivains français) publie La croisière du haschisch.

Le Comte de Montecristo, d’Alexandre Dumas mentionne plusieurs fois la consommation de dawamesk.

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CONCLUSION...

Nous avons donc vu qu'au cours du XIXe et du XXe siècle, la drogue et l'alcool font des ravages dans la société. C'est après la Révolution industrielle qu'apparaît la notion d'alcoolisme et de toxicomanie.

Au XIXe siècle, la drogue et l'alcool connaissent une extension considérable avec le progrès de la chimie, l'extension des échanges commerciaux et le bouleversement des structures sociales. De ce fait, la drogue et l'alcool sont rendus plus accessibles et deviennent pour certain un phénomène de mode. Les consommateurs de drogues du XIX e siècle appartenaient pour la plupart à un milieu social disons bourgeois ou intellectuel. Se droguer aurait été pour eux le signe qu'ils appartenaient à une classe d'âge "libérée" et "inspirée", et qu'ils entendaient, grâce aux perceptions extraordinaires que permettent les hallucinogènes, accéder à une mentalité nouvelle. En revanche, la consommation chez les classes moyenne est perçue par d'autres, comme une forme de décadence.

        De plus en plus de gens consomment, notamment les artistes et les scientifiques, pour fuir l'anxiété et la solitude ou pour des raisons expérimentales et récréatives.

        En effet, en France, au XIXe siècle, le mal-être social entraîne certains écrivains à se réfugier dans la drogue. C'est également la création du "club des haschischins" qui réunissait de nombreux artistes, intellectuels et scientifiques de l'époque afin d'expérimenter les effets des drogues.

        On a pu remarqué que les premières oeuvres portant sur la drogue et l'alcool datent du XIXe siècle. Baudelaire et d'autres écrivains du XIXe siècle demandaient aux drogues de les aider à créer. Les écrivains de la "contre-culture" quand à eux, préconisent la drogue comme un moyen d'accéder à une conscience nouvelle.

En Amérique, au XXe siècle, le terme de la "beat generation" est employé pour la première fois en 1948 pour décrire un cercle d'aspirants écrivains, artistes, arnaqueurs et toxicomanes en tout genre. La "beat generation fût un véritable mouvement littéraire, social et culturel du XXe siècle. En occident, les intellectuels et artistes ont invoqué volontiers cet effet dynamisant de la drogue.

La drogue et l'alcool aux XIX et XXe siècle ont fait l'objet d'expériences et ont été une source d'inspiration pour les artistes et les intellectuels.

         De nos jours, la drogue et la littérature font toujours bon ménage. Mais si les écrits de l'époque faisait l'éloge des drogues et de l'alcool, aujourd'hui, des témoignages poignant d'anciens alcooliques et toxicomanes ainsi que les écrits préventifs visent à nous montrer leurs méfaits sur notre santé et sur notre vie.

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