a) De quoi s'agit-il?

    « Le Club des Haschichins est un groupe voué particulièrement à l’étude et à l’expérience de drogues (principalement le haschich) fondé par le docteur Jacques Joseph Moreau en 1844 et actif jusqu’en 1849. Les séances mensuelles ont lieu chez le peintre Fernand Boissard à l’Hôtel de Lauzun (appelé aussi Hôtel de Pimodan) sur l’île Saint Louis, à Paris. De nombreux scientifiques, hommes de lettres et artistes français de cette époque ont fait des passages dans le Club des haschichins lors de ses séances. » Source Wikipédia.

Photographie de l'hôtel Pimodan:

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17 quai d'Anjou (c'est dans ce lieu que se réunit "le Club des haschischins"):

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    Parmi les membres célèbres on retrouve des peintres comme Eugène Delacroix ou M. Daumier, des poètes comme Théophile Gautier, Charles Baudelaire ou Gérard de Nerval, des écrivains comme Alexandre Dumas et Benoît Levingston.

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b) Contexte de création du Club de Haschichins

    En effet, en ce début de XIXe siècle, l’importation de drogues en provenance d’Extrême Orient est de plus en plus importante et des drogues comme l’opium ou le haschich auparavant méconnu font leur apparition en France. À cette époque, la consommation de ces drogues devient particulièrement répandue dans les milieux scientifiques et littéraires à des fins scientifiques ou récréatives. À son apparition en Europe dans les années 1820, les scientifiques s’intéressent à ce nouveau produit qu’est l’opium.

    La morphine est isolée en 1817; en 1821,Thomas de Quincey écrit Les Confessions d’un mangeur d’opium anglais traduit en français par Alfred de Musset en 1828. Tandis que, dans la foulée, une thèse de médecine sur l’usage de l’opium porte en exergue la fameuse formule de Quincey : « Ô juste, subtil et puissant opium ».

    Le docteur Jacques Joseph Moreau, quant à lui, médecin spécialiste dans l’aliénation, commence à étudier les effets du haschich en en consommant régulièrement au cour de ses voyages notamment en Égypte,en Syrie et en Asie Mineure entre 1837 et 1840. De retour en France, il continue l’expérimentation sur lui-même et crée le Club de Haschichins avec le poète Théophile Gautier qu'il initie à la consommation du haschich. Gautier racontera d’ailleurs ses premières expériences dans un feuilleton, « Le Haschich » dans lequel il décrit des effets de cette drogue en trois phases : l’hyperesthésie des sensations, la dilatation du temps, et enfin l’apparition de figures grotesques. En 1845, Moreau publie Du haschich et de l’aliénation mentale, un ouvrage dans lequel il établit une équivalence entre rêves, délires et hallucinations haschichines, il s’agit du premier ouvrage scientifique au sujet des drogues et de leurs effets sur le corps humain.

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    Durant ces séances du Club des Haschichins, les membres consommaient des drogues comme le haschich ou l’opium mais aussi du dawamesk, une sorte de pâte ou de confiture verdâtre faite à partir de résine de marijuana mélangée à des corps gras et assaisonnée de miel, de muscs, d’épices, de liqueur, de cannelle ou d’amande et absorbée sous la forme d’une « noix » d’une trentaine de grammes. Ces séances de consommation de dawamesk étaient appelées par les membres du club les  fantasias. Le docteur Moreau et les autres membres organisaient régulièrement de nouvelles expériences afin d’étudier les effets du haschich sur le corps et l’esprit.


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Théophile Gautier vu par H. Mailly

    Théophile Gautier invite à ces séances des amis et fait peu à peu étendre le cercle du Club des Haschichins. C’est notamment en ce lieu qu’il rencontre Charles Baudelaire, ce dernier étant venu un jour en simple spectateur. Débute alors une grande amitié entre les deux hommes. La préface du très célèbre recueil de poésies de Baudelaire, Les Fleurs du Mal sera d’ailleurs écrite par Gautier.

        La première partie des Paradis Artificiels parut le 30 septembre 1858 dans la Revue contemporaine, sous le titre De l’Idéal artificiel, le Haschisch. Puis paraîtra la seconde, les 15 et 30 janvier 1860 dans la même revue : Enchantements et tortures d’un mangeur d’opium, qui est en fait une adaptation des Confessions d’un Anglais mangeur d’opium de Thomas de Quincey. Les textes seront réunis sous le titre des Paradis Artificiels dans l’édition de Poulet-Malassis de 1860.
        Sur un style analytique, Baudelaire y décrit de façon clinique les effets des drogues. S'inspirant de son expérience, il y transcrit l'idée que la drogue permet aux hommes de se transcender pour rejoindre l'idéal auquel ils aspirent.
        Et pourtant Baudelaire n’était pas un grand consommateur de drogues. Il découvre le haschisch à l’hôtel Pimodan, s’abandonne quelques temps aux délices de « cette pommade verdâtre », mais n’en abuse pas. Gautier prétend même que le poète s’est surtout contenté d’observer lors de ces séances du Club des Haschischins . L’opium lui était plus familier, sous la forme du laudanum prescrit pour apaiser ses douleurs d’estomac.L’accoutumance l’avait amené à augmenter progressivement les doses, mais dans son cas on ne pouvait parler de réelle intoxication à la substance.

    Mais les deux hommes ne resteront pas longtemps membres du Club, en effet Baudelaire, ne se laissera pas convaincre et restera assez peu satisfait des effets du dawamesk. Il décrira d’ailleurs de manière particulièrement précise les mauvais effets de cette drogue dans Les Paradis Artificiels datant de 1860.Théophile Gautier quant à lui, ne participera pas souvent aux séances, il écrit dans sa préface que «  Après une dizaine d’expériences, nous renonçâmes pour toujours à cette drogue enivrante, non qu’elle nous eut fait mal physiquement, mais le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque. »

Le peintre Daumier était spécialisé dans la caricature. Ici il représente les membres du Club de Haschichins en train de fumer le haschich.

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