Jacques Joseph Moreau (1804-1884) est un psychiatre français. Suite à un voyage de plusieurs années (de 1836 à 1840) en Orient, il découvre les effets du chanvre indien (cannabis) et les étudie pour appuyer sa conception  de la folie qu’il avance comme un délire identique au rêve. Il est le premier médecin à avoir pratiqué un travail systématique  sur l’activité des drogues dans le système nerveux central et à avoir classé, analysé et enregistré ses observations. Il est le créateur du club des haschischins. Dans Du Haschisch et de l’aliénation mentale, il établit une équivalence entre rêve, délire et hallucinations haschischines. Cet ouvrage est le premier réalisé par un scientifique au sujet d’une drogue.


Avant lui, en 1843, Gautier, adepte du club des haschischins, décrit dans un feuilleton Le Haschich, les effets de cette drogue en trois phases : L’hyperesthésie des sensations, en particulier auditives, la dilatation du temps, et enfin l’apparition de figures grotesques. Trois  ans plus tard, dans Le Club des Haschischins, Gautier raconte ses premières expériences. Il est précédé de la publication d’un article sur ce sujet en février 1846 dans la Revue des deux mondes expliquant le contenu et le contexte des expériences menées au club des haschischins. L’introduction du livre décrit la première visite de Théophile Gautier au club :

 

« Un soir de décembre, obéissant à une convocation mystérieuse, rédigée en termes énigmatiques compris des affiliés, inintelligibles pour d'autres, j'arrivai dans un quartier lointain, espèce d'oasis de solitude au milieu de Paris, que le fleuve, en l'entourant de ses deux bras, semble défendre contre les empiétements de la civilisation, car c'était dans une vieille maison de L'îLe Sait-Louis, l'hôtel Pimodan, bâti par Lauzun, que le club bizarre dont je faisais partie depuis peu tenait ses séances mensuelles, où j'allais assister pour la première fois… »

En 1851, c’est au tour de Baudelaire, avec son œuvre, Du vin et du haschisch.
« Le goût frénétique de l’homme pour toutes les substances saines et dangereuses, qui exaltent sa personnalité, témoigne de sa grandeur. Il aspire toujours à réchauffer ses espérances et à s’élever vers l’infini. »

Selon Baudelaire, le vin est bon, puisqu’il rend l’homme vertueux :

 

« Il prête des serments, dicte des lois sublimes,

Terrasse les méchants, relève les victimes,

Et sous le firmament comme un dais suspendu

S’enivre des splendeurs de sa propre vertu. »

 

La sensation de fraîcheur est longuement décrite par Baudelaire dans Le poème du haschisch, publié en 1858, dans lequel, l’auteur chante les départs exaltants, les visions de lumières, or sang et pierreries que donnent le vin, le haschisch et l’opium. Baudelaire a voulu décrire, avec une précision admirable, les paysages multiples des paradis artificiels. En 1860, il publie Les Paradis artificiels. Il y fait une étude sur les effets du haschisch et de l’opium. Il s’attache davantage à décrire les comportements sociaux des consommateurs. Il y glorifie le vin, qui « rend bon et sociable ». Le haschisch est condamné parce qu’il est « antisocial », « il est fait pour les misérables oisifs ». Contrairement au vin, il n’incite pas à l’action et annihile toute volonté.

 

Au XXe siècle, dans les années 50, 60, Henri Michaux consacre la dernière partie de son œuvre à l’exploration de l’univers prodigieux que lui a révélé l’usage de drogues comme l’opium, le haschisch, le LSD, et surtout la mescaline.

 

Thomas de Quincey est un écrivain britannique né en 1785. Lorsqu’il découvre l’opium, il en fait un usage strictement thérapeutique, souffrant de douleurs à l’estomac. Entre 1812 et 1813, il consomme régulièrement de l’opium, mais il arrive encore à contrôler ses doses. Les Confessions d’un mangeur d’opium anglais, de Thomas de Quincey constituent un des premiers témoignages d’importance sur l’expérience de l’usage des drogues. Par la description de rêves et de cauchemars obtenus sous l’influence de l’opium, l’auteur a introduit un univers fantastique qui est devenu un modèle esthétique nouveau. L’œuvre a autant marqué l’imaginaire littéraire que le savoir médical.